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Culture & société

Petite histoire du prénom en France : des prénoms interdits sous la Révolution à la liberté d'aujourd'hui

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Liberté totale en 1793, liste fermée imposée par Napoléon dès 1803, retour de la liberté seulement en 1993 : le choix du prénom en France a connu deux siècles d'aller-retour entre contrôle et liberté. Un récit qui éclaire pourquoi la loi actuelle est si permissive.

1793 : la liberté totale, et ses excès

Avant la Révolution, le choix du prénom échappait largement aux parents : c'était le curé, au moment du baptême, qui validait le prénom selon le calendrier des saints. La Révolution renverse ce contrôle religieux. Un décret de la Convention du 5 octobre 1793 — le même texte qui instaure le calendrier républicain — rend le choix du prénom totalement libre. Plus aucune autorité, religieuse ou administrative, n'impose de liste.

Cette liberté nouvelle produit une vague de prénoms militants, à l'image des idéaux du moment : Marat et Brutus en hommage à des figures révolutionnaires ou antiques, Liberté, Égalité, Constitution ou encore Paix, directement empruntés au vocabulaire politique de l'époque. D'autres parents puisent dans les nouveaux noms de jour du calendrier républicain lui-même, conçu par Fabre d'Eglantine, où chaque jour de l'année porte le nom d'une plante, d'un outil ou d'un animal. Cette pratique reste minoritaire et concentrée sur quelques années, mais elle inquiète déjà l'administration par son caractère imprévisible.

1803 : Napoléon reprend la main

Dix ans plus tard, le Premier Consul Bonaparte met fin à cette liberté par la loi du 11 germinal an XI — le 1er avril 1803. Le texte est net : seuls peuvent désormais être inscrits à l'état civil les prénoms « en usage dans les différents calendriers » (essentiellement le calendrier grégorien et ses saints) et ceux « des personnages connus de l'histoire ancienne ». Tout le reste — les noms militants de la période révolutionnaire comme les créations plus fantaisistes — devient interdit aux officiers d'état civil, sous peine de refus d'enregistrement.

L'objectif affiché est de mettre de l'ordre après une décennie jugée trop exubérante, mais l'effet est durable : cette loi va encadrer le choix du prénom en France pendant près de deux siècles, jusqu'à la fin du XXe siècle. Un parent qui, en plein XXe siècle encore, souhaitait donner un prénom étranger, régional ou simplement absent des calendriers officiels pouvait se voir opposer un refus par la mairie, au nom de ce même texte napoléonien.

1993 : le retour de la liberté, jusqu'à aujourd'hui

Il faut attendre la loi du 8 janvier 1993 pour que la liberté de choix redevienne le principe : c'est ce texte qui a posé les bases de l'actuel article 57 du code civil, celui qui régit encore aujourd'hui le choix du prénom en France. Depuis, plus aucune liste fermée de prénoms autorisés : les parents choisissent librement, sous la seule réserve, en cas d'excès manifeste, d'un contrôle a posteriori au nom de l'intérêt de l'enfant.

Deux siècles d'aller-retour, pour éclairer les débats d'aujourd'hui

Ce récit met en perspective deux questions bien vivantes aujourd'hui. D'un côté, ce qui reste refusé en pratique : notre article sur les prénoms refusés à l'état civil détaille ce que sanctionnent réellement les juges depuis 1993 — très loin de la liste fermée de 1803. De l'autre, la situation, différente, d'un adulte qui souhaite changer de prénom aujourd'hui : notre article changer de prénom à l'âge adulte explique la procédure, gratuite, simplifiée depuis 2016 — un allègement récent, dans la continuité de cette libéralisation entamée dès 1993, qui n'a plus grand-chose à voir avec les listes imposées d'antan.

Sources

  • Loi du 11 germinal an XI (1er avril 1803) sur les prénoms — texte consulté via herodote.net et une reproduction du texte original, le 08/08/2026.
  • Loi n°93-22 du 8 janvier 1993 relative à l'état civil (liberté du choix du prénom).
  • Article 57 du code civil (rédaction actuelle) — legifrance.gouv.fr, consulté le 08/08/2026.
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